IA et RGPD : ce qu'une PME française doit vraiment respecter
Utiliser l'IA ne crée pas d'obligation RGPD nouvelle : les règles habituelles s'appliquent. Concrètement, une PME doit inscrire le traitement à son registre, identifier une base légale, déclarer le fournisseur d'IA comme sous-traitant, vérifier qu'il n'entraîne pas ses modèles sur vos données, et encadrer les transferts hors Union européenne.
C'est l'objection numéro un en réunion de direction, et elle est légitime. Elle est aussi souvent mal posée : l'IA ne crée pas un régime juridique à part. Ce sont les mêmes obligations que pour n'importe quel traitement de données personnelles.
Première question : y a-t-il des données personnelles ?
Le RGPD ne s'applique qu'aux données permettant d'identifier une personne physique, directement ou indirectement. Un nom, un email professionnel nominatif, un numéro de téléphone, un enregistrement de réunion : oui. Un chiffre d'affaires agrégé, une référence produit, un modèle de devis vierge : non.
Beaucoup de chantiers d'automatisation ne touchent aucune donnée personnelle. Vérifiez-le avant de déclencher un chantier de conformité inutile.
Les cinq obligations qui s'appliquent
1. Inscrire le traitement au registre
Toute PME doit tenir un registre des traitements. Ajouter une automatisation, c'est ajouter une ligne : finalité, catégories de données, destinataires, durée de conservation, mesures de sécurité. Un tableur suffit.
2. Identifier une base légale
Pour la plupart des usages internes : l'intérêt légitime (gérer sa relation client, traiter ses demandes entrantes) ou l'exécution d'un contrat. Le consentement n'est nécessaire que dans des cas précis — prospection, cookies non essentiels.
3. Déclarer le fournisseur d'IA comme sous-traitant
Si vous envoyez des données personnelles à une API d'IA, ce fournisseur est votre sous-traitant au sens de l'article 28. Il faut un accord de sous-traitance (DPA) — les fournisseurs sérieux en proposent un en libre accès.
4. Vérifier l'usage fait de vos données
C'est le point le plus important en pratique. Les offres grand public et les offres professionnelles n'ont pas les mêmes conditions.
| Type d'offre | Entraînement sur vos données | Utilisable sur données personnelles |
|---|---|---|
| Offre grand public gratuite | Souvent oui, par défaut | Non, sauf réglage explicite |
| Abonnement professionnel / équipe | Généralement non | Oui, avec DPA signé |
| Accès par API | Généralement non | Oui, avec DPA signé |
| Modèle auto-hébergé | Impossible, rien ne sort | Oui |
Les conditions évoluent régulièrement. Vérifiez la politique en vigueur du fournisseur au moment de la mise en place, et refaites le point une fois par an.
5. Encadrer les transferts hors UE
La plupart des grands fournisseurs d'IA sont américains. Le transfert reste possible s'il est encadré : clauses contractuelles types, ou adhésion du fournisseur au cadre de protection des données UE–États-Unis. Vérifiez lequel s'applique et gardez-en la trace.
Certains fournisseurs proposent un hébergement en zone européenne. C'est le choix le plus simple à défendre quand le sujet est sensible — voir héberger ses données en France.
Les trois réflexes qui règlent 80 % du sujet
- Minimiser. N'envoyez à l'IA que ce dont elle a besoin. Un compte rendu peut être résumé sans les noms de famille ; un devis peut être généré sans le numéro de téléphone du client.
- Pseudonymiser quand c'est possible. Remplacer les noms par des identifiants avant l'envoi, les réinjecter après, se fait très bien dans une automatisation.
- Interdire les offres grand public sur les données clients. C'est la règle la plus simple à faire respecter et celle qui évite le plus d'incidents.
Analyse d'impact : dans quels cas ?
Une analyse d'impact (AIPD) est requise pour les traitements susceptibles d'engendrer un risque élevé : profilage à grande échelle, décision automatisée avec effet juridique, données sensibles, surveillance systématique.
Résumer des comptes rendus internes ou générer des devis n'entre pas dans ces catégories. Scorer automatiquement des candidatures ou des dossiers de crédit, si. La CNIL publie une liste des traitements concernés.
Ce qu'il faut dire à vos clients
Votre politique de confidentialité doit mentionner les catégories de destinataires. Si un fournisseur d'IA traite des données de vos clients, il doit y figurer, avec le pays et la garantie encadrant le transfert. Une ligne suffit, mais elle doit être exacte.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser ChatGPT sur des données clients ?
Avec une offre professionnelle ou l'API, un accord de sous-traitance signé et la certitude que les données ne servent pas à l'entraînement : oui. Avec un compte grand public gratuit : non.
Faut-il un DPO dans une PME qui utilise l'IA ?
La désignation d'un délégué à la protection des données n'est obligatoire que dans des cas précis (organisme public, suivi systématique à grande échelle, données sensibles à grande échelle). L'usage de l'IA ne la déclenche pas à lui seul.
Combien de temps peut-on conserver les données traitées par une IA ?
La même durée que sans IA : celle qui est nécessaire à la finalité, puis la durée légale d'archivage. L'outil ne change pas la règle de conservation.
- RGPD
- conformité
- données personnelles
- CNIL
À lire ensuite
- Comprendre l'IAHéberger ses données en France quand on utilise l'IA« Données hébergées en France » rassure, mais ne veut pas dire grand-chose si l'IA qui les traite tourne ailleurs. Ce qu'il faut vérifier vraiment.
- Comprendre l'IAEncadrer l'usage de ChatGPT dans son entreprise sans l'interdireInterdire ne marche pas : les gens utilisent leur compte personnel sur leur téléphone. Encadrer marche. Voici la charte en une page et les réglages à vérifier.
- Par métierIA en cabinet d'expertise comptable : les usages qui tiennentEn cabinet, le temps part dans la course aux pièces manquantes bien plus que dans la production comptable. C'est là qu'il faut automatiser en premier.